Dix secondes jusqu'au cerveau

Quand tu inspires la fumée, la nicotine atteint le cerveau en une dizaine de secondes. Elle libère de la dopamine, et le circuit de la récompense retient la leçon : ce geste soulage, vite. Peu de substances agissent aussi rapidement, et c'est cette vitesse qui rend le tabac si accrochant.

Puis la nicotine retombe en une à deux heures. Le cerveau, habitué, réclame sa dose : irritabilité, tension, difficulté à se concentrer. C'est le manque, et il ressemble beaucoup à du stress.

✦ Ce que ça fait au cerveau
La cigarette ne calme pas le stress de la journée : elle calme surtout le manque qu'elle a créé depuis la précédente.

Le faux calme

Le psychologue Andy Parrott l'a résumé en 1999 : entre deux cigarettes, le fumeur devient de plus en plus tendu, et la cigarette suivante le ramène à peu près au niveau d'un non-fumeur. Elle ne donne pas un calme en plus, elle rembourse une dette.

Une grande synthèse publiée en 2014 dans le British Medical Journal va dans le même sens : les personnes qui arrêtent de fumer voient en moyenne leur anxiété, leur stress et leur humeur dépressive diminuer, au lieu d'augmenter comme elles le craignaient.

"La pause clope ne t'offre pas du calme, elle te rend celui qu'elle t'a pris."

Le rituel compte autant que la nicotine

La cigarette, c'est aussi une pause légitime, un moment dehors, un prétexte pour respirer profondément, une discussion avec les collègues. Tout ça fait vraiment du bien. Le problème, c'est que le cerveau attribue ce bien-être à la nicotine.

C'est pour ça que le café, la fin du repas, la voiture ou la sortie du travail déclenchent l'envie : ce sont des signaux appris. Ils perdent leur pouvoir quand on leur associe autre chose.

Ce que tu peux essayer cette semaine

Retarde la première cigarette de la journée de quinze minutes. Puis, au moment d'une « pause pour souffler », garde la pause mais essaie une fois sans cigarette : sors, respire lentement en expirant longtemps, cinq ou six fois. Tu verras ce qui vient de la pause, et ce qui vient du manque.

Si tu veux arrêter, tu n'as pas à le faire à la force du poignet. Les substituts nicotiniques sont remboursés sur prescription, y compris par une sage-femme ou un infirmier. Tabac Info Service répond au 39 89 (prix d'un appel) et propose un accompagnement gratuit par des tabacologues.